L’information révélée par le site OWNI ce week-end (voir article adsletfibre.fr publié hier) a fait l’effet d’une bombe dans le secteur de l’Internet français et a été largement relayée par les médias, y compris les plus généralistes et grand public. Elle a suscité de très nombreuses réactions, parfois contradictoires, de la part des opérateurs, de la Fédération Française des Télécoms (FFT), des politiques, … Il semble que les fournisseurs d’accès, notamment Orange, procèdent à un exercice de rétropédalage. En clair : ils ont lancé une idée, ça a (mal) réagi, donc ils reviennent dessus… pour le moment. Le point sur les déclarations des uns et des autres en ce lundi soir.

 

Eric Besson (sur sa page Facebook)
Ministre (UMP) chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique
« Le Gouvernement n’envisage aucune restriction de l’accès à Internet et travaille bien au contraire au développement du très haut débit fixe et mobile sur l’ensemble du territoire et pour l’ensemble des français. Le Gouvernement travaille par ailleurs à encadrer l’utilisation du terme “illimité” par les opérateurs, afin de protéger les consommateurs contre certains abus. Certains consommateurs ayant souscrit des offres prétendument “illimitées” ont effet pu constater des débits qui n’avaient rien d’illimités. »
Le Ministre semble s’opposer à l’idée des fournisseurs d’accès de proposer différents débits ou quotas. Mais l’encadrement du terme « illimité » pourrait avoir l’effet inverse de celui rechercher et pousser les opérateurs à la délaisser, et donc à proposer des offres limitées…

 

Christian Paul
Député (PS) de la 3e circonscription de la Nièvre, spécialiste de l’Internet
« C’est une série de restrictions des usages numériques, et une confiscation de l’Internet, réseau bien commun, essentiel aujourd’hui, par quelques acteurs dominants, au détriment des usagers et des entreprises innovantes. C’est l’augmentation prévisible des tarifs pour maximiser les profits de court terme, sans aucune certitude d’améliorer les réseaux et les services. »
Le Député voit dans les déclarations de la FFT une volonté d’augmentation des tarifs, avec une segmentation de l’offre comme il en existe déjà dans l’Internet mobile. Il ne s’agirait plus de limiter les usagers qui utilisent à fond leur connexion.

 

Orange, par la voix de son porte-parole Jean-Marie Culpin, vendredi 19 août 2011
« Oui, il y a certains forfaits sur lesquels on risque de mettre des seuils. S’ils ne concernent qu’ 1% des gens qui downloadent des films toute la journée, alors c’est envisageable. C’est inacceptable si cela impacte davantage de clients. »

Orange, sur le compte Twitter du service presse
« La fin de l’Internet fixe illimité n’est pas à l’ordre du jour chez Orange France »
La position de l’opérateur historique français semble avoir évolué au cours du week-end, mais alors que le porte-parole du groupe s’exprimait vendredi, il ne s’agit ici que d’un lapidaire tweet du service presse. Une marche arrière pas vraiment assumée…

 

SFR, sur le compte Twitter du groupe
« Fin de l’Internet illimité sur les lignes fixes : pas de projet en ce sens chez SFR »
Là aussi Tweeter est à la mode. A croire que personne ne veut plus s’exprimer en détail sur le sujet chez les opérateurs… Il paraît étrange que le point de vue de la FFT révélé vendredi ait été préparer sans consulter SFR, un des principaux membres.

 

Olivier Roussat, directeur général de Bouygues Telecom
« Nous tenons à rassurer l’ensemble de nos clients. Il n’a jamais été dans les projets de Bouygues Telecom de limiter l’accès à l’internet fixe à travers nos offres Bbox. Nous sommes attachés à offrir à tous la même expérience de l’internet, sans contrainte particulière. Le déploiement du Très Haut Débit, dont profitent déjà nos clients Bbox Fibre, nous permet d’être confiants sur la pérennité de ce modèle. »
Bouygues Telecom a choisi la voie plus classique du communiqué de presse pour exprimer sa position. Et c’est même son directeur général qui s’en charge. Une position claire : aucun projet dans les cartons. Néanmoins on peut se poser la même question que pour SFR : Bouygues Telecom est un des plus importants membres de la FFT, n’avait-il pas été consulté avant que la Fédération exprimer ses idées ?

 

Yves le Moël, directeur général de la FFT
Interview au quotidien Le Figaro
« Les présidents des grands opérateurs ont simplement dit ces derniers mois qu’ils iraient vers la différenciation de leurs offres et que ceux qui consomment le plus pourraient être mis davantage à contribution. Mais le consommateur lambda n’a aucune chance d’être concerné. »
Le président de la FFT confirme donc les informations d’OWNI, mais les minimise en assurant que seuls 5 à 10% des consommateurs seraient touchés. Cette position tranche avec les avis plus clairs exprimés aujourd’hui par Orange, SFR et Bouygues Telecom…

 

 

Il semble donc que les opérateurs aient été obligés de faire marche arrière suite à la polémique qui a gonflé tout le week-end. Les propos d’Yves le Moël, le président de la Fédération Française des Télécoms, laissent néanmoins penser que la réflexion n’est pas totalement abandonnée, mais simplement décalée, le temps d’habituer les consommateurs à cette idée. A suivre.